Affaires diverses à Plaisance de 1790-1795
16 avril 1793
27 germinal An I
Le tombeau de bronze de Louis d'Ars est remis dans l'église
Mais plutôt du tombeau de Louis d’Ars, capitaine, habitant l’Âge de Plaisance et qui fonda, vers la fin du 15e siècle, un chapitre de six chamoines desservant l’église. A sa mort, son corps fut enterré dans un tombeau de bronze, près des marches du maître-autel.
On peut se demander s’il n’y avait pas eu confusion de la part de Feigneux, marié à dame De Blon qui, sachant qu’un De Blon avait été inhumé dans l’église de Plaisance, avait pu se tromper de sépulture ?
Quoi qu’il en soit la municipalité avait alors intenté un procès et elle avait eu gain de cause :
qui trépassa le vingt et sixième jour de mai, à la droite de notre mère Sainte Église comme doit faire tout bon chrétien, et fut inhumé et enterré dans l’église N. D. de Plaisance, contre la muraille à main droite, le vingt septième du dit mois mil six cent cinquante, le tout certifié par moi, Pierre Hamel, vicaire de ladite église.
Ce tombeau avait été enlevé par les soins du Sieur Feigneux, propriétaire de l’Âge de Plaisance le premier avril 1792. Il ne s’agissait sans doute pas de la sépulture du Sieur de Blon, de Beaupuy,
Nous, citoyen maire et officiers municipaux, sur la réquisition du citoyen Procureur de la commune, nous nous sommes transportés dans l’église du dit lieu pour constater la remise du tombeau de bronze, enlevé par l’ordre du Sieur Feigneux, demeurant au lieu de l’Âge, municipalité de Saulgé, dont poursuites et diligence ont été faites par notre Procureur de la commune devant le citoyen juge de paix pour la remise dudit tombeau, et de suite nous l’avons fait mettre dans le sanctuaire, place où il était ci-devant.
16 & 17 avril 1793
Une partie de pêche illégale à l'étang de Beaupuy
L’affaire commence par une lettre du Directoire de Montmorillon adressée à la municipalité de Plaisance :
Citoyens,
Le Directoire vient d’être informé que des brigands se disposent à pêcher un étang, dépendant de Beaupuy, situé sur le chemin de Plaisance à Montmorillon.
La loi impose des peines sévères à ceux qui se permettent des excès de cette nature et elle rend au moins responsables du délit les employés municipaux qui n’emploient pas tous leurs efforts pour les réprimer.
En conséquence, au nom de la loi, le Directoire vous enjoint de vous transporter sur le champ, sur la chaussée du dit étang, avec ce que vous avez de la Garde nationale, à l’effet de dissiper les attroupements, s’ils existent, et de saisir les coupables, après quoi vous dresserez procès-verbal, sous peine de répondre des errements en vos propres et privés noms.
Il vous est enjoint de faire fermer la bonde du dit étang, dans le cas où elle aurait été levée et détruire tous préparatifs. Il vous appartiendra de redoubler de vigilance pour que, dans votre commune, il ne soit point atteint aux propriétés de qui que ce soit. Un gendarme vous accompagnera dans vos opérations.
La municipalité exécute donc ces ordres :
Aujourd’hui 17 avril 1793, à six heures du matin, en vertu d’une lettre des citoyens et administrateurs du Directoire du district de Montmorillon, en date d’hier, portant injonction à nous, officiers municipaux de la commune de N. D. de Plaisance, de nous transporter sur la chaussée de l’étang de Beaupuy, surveiller des brigands qui pouvaient y causer quelque dommage.
En conséquence, nous, officiers municipaux et procureur de la commune, assistés d’un détachement de notre garde nationale, commandé par le citoyen Demarquet, et du citoyen Lacroix, porteur d’ordres, nous nous sommes de suite transportés sur la chaussée de l’étang dépendant de Beaupuy, sur le chemin du dit Plaisance à Montmorillon, et là nous avons trouvé une personne, placée sur une échelle, la dite échelle sur le chapiteau de la bonde, laquelle personne, avec une barre de fer à la main et des morceaux de bois faits en forme de cales, travaillait pour ouvrir la bonde du dit étang, et une autre personne qui était là pour lui porter secours.
Il y avait aussi trois métayers du dit Beaupuy qui étaient présents, les uns pour amener des branches qui servaient de panier, et les autres qui réclamaient l’échelle et la barre de fer que les deux birgands avaient pris de violence dans la nuit du 16 au 17.
Et de suite nous leur avons demandé ce qu’ils entendaient faire en voulant ouvrir cet étang. Ils nous ont répondu que c’était pour le pêcher et ont dit en même temps que c’était par ordre du nommé Boiséjour. De fait nous les avons fait arrêter par notre garde nationale, assistée comme dessus, et nous les avons fait conduire à la chambre municipale.
Nous les avons interrogés publiquement sur le réquisitoire du procureur de la commune, et nous avons commencé par celui qui était après vouloir lever la bonde du dit étang. Nous lui avons demandé son nom et il nous a répondu qu’il se nommait Pierre Huguet, demeurant au moulin de Pétavaux, meunier, de la paroisse de Bussière ci-devant Poitevine, district de Bellac, qui nous a dit être enrôlé pour la commune de St Bonnet, même district, ledit Huguet, âgé de 18 ans, nanti d’un pistolet de poche non chargé, qui lui a été de suite ôté et déposé à la chambre municipale.
Nous lui avons demandé par l’instigation de qui voulait-il pêcher ledit étang. Il a dit que c’était par celle de Boiséjour qui l’a conduit, avec plusieurs autres volontaires, à la porte de la maison de Beaupuy et leur a dit :
-Mes enfants, je suis votre capitaine conducteur ! il y a un étang ici, il faut le pêcher ! le poisson est pour les volontaires, l’étang appartient à des aristocrates ! il faut distribuer le poisson entre les volontaires qui se trouveront à la pêche !
En conséquence j’ai entré avec un autre dans la maison du métayer et j’ai dit :
-il nous faut une barre de fer !
Le nommé Michaut, couvreur en brande, a demandé une échelle parce qu’il voulait pêcher l’étang, et de fait il nous a conduit au dit étang, et nous avons essayé en vain de l’ouvrir par ordre de Boiséjour qui, ce matin dix sept a préparé cinq morceaux de bois en forme de cales qu’il nous a apporté en nous disant :
-voilà de bons bois, vous n’avez qu’à passer devant, je vais vous joindre ! C’est tout ce qu’il a déclaré.
De suite nous avons interrogé l’autre. Nous lui avons demandé son nom; il a dit qu’il se nommait Michel Chaubot, couvreur de brande du bourg de St Léomet, de ce district, âgé de 40 ans environ. Nous lui avons demandé ce qu’il faisait sur la chaussée de l’étang ? Il nous a répondu qu’il s’en retournait pour travailler au village des Mâts, qu’il s’est rendu hier soir au bourg de Saulgé avec des volontaires et que c’est le nommé Boiséjour qui nous a conduit à Beaupuy et là il nous a dit qu’il avait ordre de la municipalité de Plaisance de pêcher l’étang de Beaupuy et qu’il fallait entrer chez les métayers demander une échelle et une barre de fer pour lever la bonde du dit étang.
Comme de fait, j’ai été demander une échelle et l’ai apportée à l’étang, et le dit Boiséjour posa l’échelle appuyée sur le chapiteau, tandis que Pierre Huguet, avec sa barre de fer essayait de lever la bonde. N’ayant pu l’ouvrir hier au soir nous nous sommes rendus à Plaisance et le matin dix sept le dit Boiséjour a proposé de retourner à l’étang. il nous a dit que c’était tout ce qu’il avait a déclarer.
Nous ne savons pas si nos »Brigands » obtinrent miséricorde ? C’est probable car le pêché n’avait pas été consommé. Et puis ils étaient volontaires pour la défense de la Patrie; dans quelques jours peut-être, circonstance atténuante, ils seraient aux frontières. Par contre, le rôle joué par les métayers semble ambigu. On peut se demander s’ils n’espéraient pas profiter de l’aubaine ?
25 avril 1793
La municipalité ne badine pas avec les cérémonies religieuses
Nous, officiers municipaux de la commune de N. D. de Plaisance, vu la nécéssité de demander que les processions qui étaient accoutumées de se faire dans cette commune soient faites régulièrement, ouï le Procureur de la commune, nous enjoignons au Ministre du culte d’avoir à suivre le tableau des processions dans tout son entier et d’annoncer de suite, et à jours différents, celles qui auraient été omises.
1793
La grande crise du pain de l'été et l'automne
Au début de l’été 1793 la crise économique était grave. Les prix augmentaient considérablement au fur et à mesure que l’assignat (papier monnaie) se dévaluait. Les paysans préféraient garder leur grain plutôt que d’amasser du papier.
La convention décréta la peine de mort pour les accapareurs et autorisé les Directoires de district à réquisitionner les grains pour l’approvisionnement des marchés. Jacques Vauzelle, greffier, sera nommé commissaire aux accaparements, pour la commune de Plaisance. Des représentants énergiques furent envoyés dans les départements et firent battre les blés. Le Procureur de la commune prit des mesures sévères.
Nul ne doit ignorer la loi
Aujourd’hui 18 août 1793 je requiers que les lois et proclamations émanées de la Convention nationale soient lues, publiées, affichées, et enregistrées au fur et à mesure. Que les paquets adressés à la municipalité par les Corps administratifs soient décachetés et ouverts publiquement, messe sonnante, afin que le public soit instruit de tout.
Requiers en outre que le décret contre les accapareurs sera proclamé à l’issue des Vêpres, ce jourd’hui, au son de la caisse afin que personne n’en prétende cause d’ignorance, et que les Officiers municipaux aient à le faire mettre à exécution dans les délais qu’il prescrit, dans toute sa forme et teneur, sous les peines y portées. Que tous les paquets extraordinaires, adressés à la municipalité ne seront décachetés qu’en présence des Officiers municipaux et Procureur de la Commune pour ce convoqués.
Surveillance des boulangeries et boutiques
Le Conseil général de la commune requiert que les boulangers seront surveillés dans la qualité, le poids et le prix du pain ainsi que toute autre denrée de première nécessité.
En conséquence nous nommons et choisissons la personne du citoyen Jean Vauzelle, notre greffier, pour commissaire afin d’opérer chez tous les marchands de cette commune, lequel sera accompagné de nous, Officiers municipaux, pour la vérification de toute espèce de denrée ou marchandises qui se trouveront chez eux ou dans leurs magasins.
Lequel Commissaire surveillera la vente, tant en gros qu’en détail des objets trouvés, et pour indemnité, nous lui avons accordé 3 deniers par livre.
Les lettres de facture nous seront représentées et, à défaut par eux de le faire en forme, lesdits objets seront vendus au prix coûtant.
Perquisition dans les greniers, surveillance des transports
Le 27 août 1793 le Procureur de la Commune requiert : dans ce jour on commencerait le recensement des greniers et que l’on continuerait sans désemparer.
Que l’état des grains au-dessus du nécessaire serait fait, que les citoyens qui auront négligé de battre et de vanner leur grain y seront de suite contraints.
Il sera fait des patrouilles dans tous les chemins pour arrêter les blés de toute espèce qui seront transportés illégalement, que compte des opérations sera envoyé sur le champ, que les blés ne seront vendus que selon le maximum fixé par le Corps administratif.
Établissement d'un marché aux grains à Plaisance le 7 septembre 1793
Le Conseil général de la commune assemblé, le Procureur a dit que la Commission nationale, toujours attentive et surveillante au besoin des citoyens, décrète que les municipalités sont autorisées à établir des marchés dans leurs communes sans avoir besoin de l’agrément des Corps administratifs.
Plaisance étant à deux lieues du chef-lieu de district, trois lieues de Lussac-Les-Chateaux, quatre lieues de la Trimouille, un marché pouvait, en conséquence, être établi dans cette ville sans nuire à aucun autres, dans aucun des lieux ci-dessus dénommés, et même qu’il était de l’intérêt public que ces établissements eussent lieu pour prendre moins de temps et ne pas exposer les citoyens à être renvoyés.
Des citoyens de cette commune ayant porté leurs sacs au marché de Montmorillon, et ce à plusieurs fois, ils s’en étaient retournés sans avoir eu l’avantage de se procurer un seul boisseau de blé et avaient demandé aux Officiers municipaux de leur en faire délivrer par charité.
Il leur a été répondu que lorsqu’ils avaient du blé dans leur commune il ne fallait pas le laisser sortir, trait d’inhumanité qui doit engager notre municipalité à établir un marché dès lundi prochain, le 9 de ce mois, jour qui ne se rencontre pas avec aucun des lieux ci-dessus dénommés, et de continuer tous les lundis de chaque semaine, avec invitation à tous les bons républicains à faire conduire le blé dont ils peuvent se défaire.
