Affaires diverses à Plaisance de 1790-1795
27 mars 1793
La levée de 300 000 hommes
Après l’exécution de Louis XVI les grandes puissances : Autriche, Prusse, Russie, Angleterre, Espagne, Hollande…, formèrent une coalition contre la France. Cent mille paysans vendéens se soulevèrent. Le Général Dumouriez, l’un des vainqueurs de Valmy, trahissait la Convention et préparait une coup d’état.
Pour faire face à tous ces dangers la Convention ordonna une levée de 300 000 hommes. Ce contingent était réparti par département au prorata de la population, puis par district, puis par commune. A Plaisance cinq conscrits devaient être désignés.
Le 27 mars 1793, an II de la République française, nous maire et officiers municipaux et Conseil Général de la commune de Plaisance,
Vu le recrutement ordonné par la loi du 24 février dernier, dont nous avons donné connaissance aux citoyens de ladite commune par voix de publication d’affiches…
Il est intervenu le citoyen Jean-Baptiste Guillot de Cluzeau, commissaire nommé par le district afin de surveiller nos opérations lequel ayant trouvé l’assemblée formée, a donné connaissance aux dits citoyens qui la composait de la loi ci-dessus…
Ensuite a invité les dits citoyens à déterminer et adopter le mode qu’ils jugeraient convenable pour former le contingent qui leur a été indiqué.
Aussitôt Jacques Gourdonneau et Jean Gourdonneau se sont avancés au bureau, l’un âgé de 25 ans et l’autre de 20 ans et ont déclaré se devoir au service de la patrie, en observant que leurs père et mère sont d’un âge avancé et hors d’état de gagner leur vie, ce pourquoi ils nous requièrent de veiller à leur état de misère et de faire pourvoir à leurs besoins, ce que nous leur avons promis.
François Thiaudière, âgé de 19 ans et Léonard Thabuteau âgé de 19 ans également, se sont enrôlés pour les mêmes causes que ci-dessus établies en observant, pour Léonard Thabuteau, que sa mère est dans la misère.
Il en fallait un cinquième :
L’Assemblée a adopté le mode de scrutin pour l’indication du cinquième. Dépouillement fait, la majorité absolue s’est portée sur François Deschamps, absent sans passeport de la municipalité depuis la promulgation de la loi, en conséquence nous l’avons proclamé soldat de la patrie, dont et du tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal pour servir d’enrôlement au citoyen ci-dessus.
12 avril 1793
complément de recrutement
Léonard Thabuteau ne s’est pas trouvé la taille requise dans le moment, pour le service de la nation, à l’inspection du commissaire. François Deschamps était toujours absent. Voulait-il ainsi se soustraire à la conscription ? Dix-neuf jeunes citoyens, tombant dans le cas de la réquisition, furent réunis. Martial Mirel et Denis Rémondière furent désignés au vote pour remplacer Thabuteau et Deschamps.
La patrie en danger - Avril-Mai 1793
7 avril 1793
18 germinal An I
Deuxième appel de volontaires
Depuis avril 1792 la guerre se poursuit contre l’Autriche. En juin, la Garde nationale de Plaisance est incorporée au Bataillon du district de Montmorillon. En juillet, l’armée prussienne menace la frontière lorraine et la Patrie est déclarée en danger. En septembre la municipalité de Plaisance recense les armes et, en mars 1793, cinq volontaires sont enrôlés et partent aux armées.
Nous, officiers municipaux et Conseil général de la commune et paroisse de N.D. de Plaisance, assemblés en séance permanente et publique, sur la réquisition du procureur de la commune, nous avons délibéré en exécution de l’arrêté du département de la Vienne du 10 mars 1793, à nous adressé par le Conseil général du district de Montmorillon.
Aujourd’hui , 7 du présent mois, avons fait passer la caisse dans l’arrondissement de ladite commune pour avertir les braves républicains d’avoir à se réunir de suite avec leurs armes sur la place publique et voler à la défense de la Patrie.
Nous avons également requis tous les volontaires enrôlés, tant pour aller sur les frontières que ceux pour aller à Bressuire (contre la Vendée) de se réunir pour se joindre à ceux qui, de bonne volonté, voudraient partir. Et de suite nous nous sommes transportés sur la place publique.
Après avoir harangué lesdits citoyens, accompagnés du Commandant de la Garde nationale, et avoir prévenu ceux desdits citoyens qui avaient des chevaux propres et en état de faire le service militaire autres que ceux portés sur la liste faite le 10 mars dernier, d’avoir à se présenter et conduire, ou faire conduire, en la présence de nous, officiers municipaux, de suite au district avec ceux établis dans ladite liste du 10 mas.
Etant donc sur la place publique, les citoyens assemblés, nous leur avons donné lecture :
Premièrement, de l’extrait du registre des délibérations du Conseil général du Directoire du district de Montmorillon,
Secondement, de la proclamation du département aux citoyens,
Troisièmement, de l’extrait de la lettre du citoyen Cruzé, député à la Convention.
Il ne s’est présenté aucun citoyen désirant aller à la défense de la Patrie en danger.
Le citoyen commandant* nous ayant dit qu’il était prêt à partir lorsque tout le monde y irait. Gaspard Audoux et Jean Roy nous ont également dit qu’ils partiraient lorsqu’il en partirait un de chaque maison, malgré toutes les observation que nous avons pu leur faire de n’avoir point à ôter des bras à la culture, pour l’intérêt général**.
Aucun n’ayant offert leurs armes et munitions, suivant la déclaration des citoyens que leur fusil n’était pas en état et qu’ils avaient très peu de munitions. Quant aux chevaux, les citoyens ont déclaré qu’il y en avait au village de Chiroux, chez Fleurant Augry.
* Sans doute Demarquet commandant de la Garde nationale.
** La municipalité semblait vouloir dire par là que le départ d’un homme dans chaque maison nuirait aux travaux et qu’elle pensait que l’enrôlement de quelques citoyens seulement était préférable.
Les citoyens de Plaisance manquèrent manifestement d’enthousiasme en 1793 pour défendre la Patrie. D’ailleurs, dans l’ensemble de la France, cette levée de 300 000 hommes, décrétée par la Convention le 24 janvier 1793, ne permit de recruter guère plus de la moitié des effectifs prévus. Elle provoqua des troubles graves dans l’Ouest et permit aux nobles et au clergé réfractaire de soulever les paysans en Vendée.
25 avril 1793
6 floréal An I
Perquisition à Jeu
Les citoyens gendarmes de Montmorillon ayant requis le maire, se sont portés au village de Jeu.
Nous avons trouvé le citoyen Mauvise. Nous lui avons demandé à entrer chez lui; de suite il nous a ouvert sa porte; perquisition faite dans une chambre basse qui est la seule qu’il occupe nous avons trouvé personne et il nous a présenté un fusil à deux coups en bon état, de la façon de Lacroix-Carron, dont nous nous sommes saisis pour le remettre dans les vingt-quatre heures au district. Nous avons monté au grenier, nous n’y avons rien trouvé, ni poudre ni plomb et il nous a déclaré n’avoir aucune autre arme à feu.
3 mai 1793
14 floréal An I
Enrôlement des citoyens et remise des armes
Aujourd’hui 3 mai 1793, à 7 heures du soir, le Conseil général de la commune de N.D. de Plaisance assemblé en séance publique et permanente à la chambre commune du dit lieu, les citoyens Delage et Thomas Boisclaire, commissaires nommés par le Directoire du district de Montmorillon à l’effet de requérir la municipalité de faire avertir les citoyens en état de porter les armes de s’assembler incontinent sur la place d’armes et leur annoncer que la Patrie est en danger.
En conséquence, Ouï le Procureur de la commune, nous avons fait de suite battre la générale pour rassembler les bons républicains de la ville et faubourgs, qui se sont de suite rassemblés.
Mais, comme il était trop tard et après s’être concertés avec les citoyens commissaires du Directoire, il a été arrêté qu’il en serait pris, dans la ville, pour avertir la campagne afin qu’ils eussent à se trouver sur la place d’armes, demain, à six heures du matin, ce qui fut exécuté.
Le dimanche 4 mai, 6 heures du matin, toujours assistés des citoyens commissaires, nous nous sommes transportés sur la place d’armes et de suite nous avons fait battre la générale, en présence du commandant de la Garde nationale, Demarquet.
S’étant de suite rassemblés nous leur avons annoncé que la Patrie était en danger, que nous présumions bien qu’il n’y aurait aucun d’eux qui n’eut envie de voler à sa défense, et de suite, se sont présentés et enrôlés, animés du désir le plus ardent et du courage du vrai républicain pour voler au secours de la Patrie, les citoyens : André Pignier, Jean Charles, Jacques Thiaudière, Guinot Miniel, et, comme ils laissaient femmes et enfants, excepté Jacques Thiaudière gagner se subsistance, ils ont réclamé des secours pour aider leurs familles en leur absence.
En conséquence, les citoyens ci-après dénommés se sont cotisés individuellement :
Vacher, Procureur,
Bonnisset
Jacques Ebras
Jean Dupin
François Chartier
Gaspard Audoux
Antoine Perain
Fleurant Augry
Fleurant Audoux
Jean Ferdonet
Jean Thabuteau
Louis Valat
Jacques Augais
Pierre Augry
François Angry
Louis Laurendeau
5 livres
5 livres
5 livres
1 livre
1 livre 10 sols
1 livre
15 sols
1 livre 15 sols
1 livre 10 sols
15 sols
10 sols
1 livre 10 sols
1 livre
1 livre
15 sols
5 livres
Normand
J. Vauzelle
Joseph Vauzelle
Jean Augry
Jean Bardeaux
Jean Roy
Jacques Dupré
J. Jaladeau
Jean Vauzelle
Jacques Thabuteau
Joseph Duquerroux
Marc Brugeat
Jean Augry
Joseph Moreau
Jean Mazureaux
5 livres
5 livres
1 livre 10 sols
1 livre
1 livre 10 sols
1 livre
1 livre
15 sols
15 sols
1 livre 10 sols
10 sols
1 livre
1 livre
1 livre
1 livre 10 sols
Après réquisition faite par les citoyens commissaires de la représentation du registre contenant les déclarations et dépôt d’armes et munitions nous leur avons de suite présenté lesdits registres. Après avoir pris lecture des procès-verbaux il appert qu’il n’y aurait en dépôt qu’un fusil simple que nous aurions ôté à François Augry, au même instant les bons citoyens qui ne peuvent porter leur arme pour la défense de la Patrie l’ont offerte aux braves défenseurs, sur l’invitation des citoyens commissaires.
Normand, maire, a fournit un fusil monté à gauche; Mirel, officier municipal, Jean Roy, Jean Deschamps, Germain Rengeard, Jean Ranget dit Lachaume ont fourni chacun un fusil, lesquels nous les ont mis de suite entre les mains et que nous envoyons au même instant au Directoire du district et qui sont toutes les armes qui ont été fournies par notre commune.
Vacher de la Pouge a fourni à Jean Charles un sabre avec son ceinturon.
Quant aux munitions, n’en ayant que très peu, les commissaires susdits les ont laissées entre les mains de la municipalité, dont et de tout nous avons fait dressé le présent procès-verbal les jours, mois et an que dessus.
5 mai 1793
16 floréal An I
Sursis au départ des volontaires
Nous, commissaires soussignés, prévenons la municipalité et Garde nationale de Plaisance que, si les citoyens qui se sont enrôlés hier sont retournés chez eux, ce n’est que par notre ordre, en vertu d’une lettre du Procureur syndic du district de Montmorillon.
En conséquence les prions de les laisser libres et leur recommander de ne point s’éloigner de leur commune qu’avec une permission et ils désignèrent le lieu où ils voudront aller pour qu’on puisse les rassembler au premier signal.
Signé : Thomas Boisclaire, commissaire. Delage, commissaire.
