Ceux qui vécurent la révolution
Ainsi nos ancêtres, habitants de la ville, Commune et Paroisse de N. D. de Plaisance vécurent-ils, avec un calme relatif, cette période exaltante et généreuse où l’on savait mourir pour ses idées.
Les responsables municipaux : Normand, Vacher de la Pouge, Vauzelle, Bonnisset, Joyeux, Mirel… obéirent fidèlement aux lois et aux ordres donnés par l’autorité supérieure et les firent exécuter.
A part Jacques et Jean Goudonneau, François et Jacques Thiaudière, André Pignier, Jean Charles et Guinot Miniel, volontaires pour défendre la Patrie, ni les responsables ni la population ne firent preuve d’initiative pour participer activement à la victoire des idées nouvelles, (ni d’ailleurs pour les combattre). Tous furent ce que nous appelons de Bons Citoyens.
Deux hommes, pourtant, semblent avoir vécu intensément cette période. Si leurs concitoyens avaient obéi loyalement, eux avaient fait un choix, et un choix sans nul doute difficile, pénible, courageux. Ils étaient prêtres, donc membres du Clergé et, malgré le désaveu de leur Supérieur, l’évêque de Poitiers, ils avaient épousé la cause du peuple, la cause des déshérités. Ils servirent la Révolution avec la générosité de leur foi, malgré les heures douloureuses qu’ils eurent à subir. Ils furent un exemple pour la population de Plaisance qui sut, à plusieurs reprises, leur manifester sa sympathie.
Sylvain Bonneau
Prêtre assermenté, maire élu à Plaisance de février à septembre 1790, auteur de l’admirable lettre à l’Assemblée nationale de Paris, le jour de la fête de la Fédération et qui dût quitter Plaisance en 1791 à la suite des brimades qu’un prêtre réfractaire lui avait fait subir.
Pierre Étienne Cartau de Tralbaud
Prêtre assermenté, qui assista au dépouillement de l’église et dût abandonner l’exercice du culte; Électeur de la ville de Plaisance en 1792, Officier public, organisateur du bureau de bienfaisance et membre du Comité de surveillance en 1794, Instituteur de Plaisance, St-Rémy et Moulismes en 1795.
Ces deux hommes furent un exemple de générosité, d’abnégation de soi-même, de dévouement total à la cause du peuple opprimé depuis des siècles. De ceux qui, Élus du peuple aux Assemblées de Paris, furent, avec d’autres, les grands artisans de la Révolution, Jaurès a écrit :
Ce qu’il ne faut jamais oublier quand on juge ces hommes, c’est que le problème qui leur était imposé par la destinée était formidable et sans doute au-dessus des forces humaines. Peut-être n’était-il pas possible à une seule génération d’abattre l’Ancien Régime, de créer un droit nouveau, de susciter des profondeurs de l’ignorance, de la pauvreté et de la misère, un peuple éclairé et fier…
Ils ont donné au monde le premier exemple d’un grand pays se gouvernant et se sauvant avec la force du peuple tout entier.
Ouvrages consultés
- Boissonnade P. et Gauthier L. – Petite histoire du Poitou – Delagrave 1917
- Castelot A. et Decaux A. – Histoire de la France et des Français au jour le jour 1764-1814 – Lib. Acad. Perrin – Paris 1976
- Festy O. – l’agriculture pendant la rév. fse. – Gallimard 1947
- Jaurès J. – Histoire socialiste de la Rev. fse. E.S. Paris 1939 – réédition 1970
- Lafue P. – De la régence à 1840 – Histoire du Peuple français T. 3. – Nelle Lib.
- Lefebvre G. Questions agraires au temps de la Terreur – Strasbourg 1932
- Mallet A. – Cours d’histoire à l’usage des E. N. – Hachette 1918
- Massin J. – Robespierre – Livre Club Diderot – Paris 1975. Marat – Livre Club Diderot – Paris 1975,
- Michelet J. – Histoire de la Rev. fse. -réédition Bonnot 1974
- Soboul A. – Précis d’histoire de la Rev. fse. E. S. Paris 1975. Contirbution à l’histoire paysanne de la Rev. fse. – E.S. Paris 1978
Lexique
Monnaie : La pistole valait 10 livres, la livre 20 sols, le sol 12 deniers.
Prieur curé : religieux desservant une cure dépendant d’un monastère. Pour Plaisance il semble qu’il s’agisse des Moines Augustins de Montmorillon.
Syndic : principal magistrat municipal. À partir de l’Assemblée nationale on l’appelera : maire.
Officiers de justice seigneuriale : juge, greffier, procureur fiscal, sergent. Les seigneurs de Plaisance ne remplissaient pas leurs devoirs puisqu’ils n’en avaient pas nommé – voir le cahier de doléance.
Homme de mainmorte : appartenant à une communauté. Les achats de terre faits par le Prieur de Plaisance n’étaient pas soumis à l’héritage. A sa mort ou à son départ les revenus revenaient au nouveau Prieur, nommé par la communauté. C’étaient les biens de mainmorte.
Impôts
La taille : évaluée par paroisse et répartie ensuite entre les habitants. C’était un impôt sur les biens et sur les personnes. Les collecteurs étaient chargé de la percevoir.
La gabelle : impôt sur le sel, très variable selon les provinces. En Poitou, le sel valait environ 4 sols le kg, tandis qu’en Île-de-France, il valait 25 sols.
Les traites : impôt sur les marchandises qui passaient d’une province à l’autre.
Les aides : impôts payés au Seigneur dans certains cas : quand il mariait sa fille, quand son fils était reçu chevalier, quand il partait en guerre… Les évêques percevaient aussi les aides. Le Roi percevait des aides sur les vins, les cidres, le bétail, les poissons…
Il y avait d’autres impôts : la dîme, le champart, les banalités, la corvée, etc…
Mesures
Mesures de longueur : l’aune mesurait 3 pieds, 7 pouces et 10 lignes 5/6 soit 1, 88 m. Les étoffes se vendaient à l’aune.
Mesures de capacité : Le boisseau : 12,8 litre, le litron. : 1/16 de boisseau soit 0,81 litre, le quarteron ou cartron : 1/4 de litron soit environ 0,2 litre.
Mesures de poids : La livre dite de Paris valait 490 gr, le cartron valait 1/4 de livre soit un peu plus de 122 gr, la pile ou pille était une série de poids en cuivre, en forme de godets qui s’emboitaient les uns dans les autres.
Encore merci à M. Louis Germaneau pour toutes ces recherches effectuées sur la vie municipale durant la période 1787-1796 et publiées dans l’ouvrage La vie municipale de Plaisance sous la révolution de 1789, édité en 1981.
