Affaires diverses à Plaisance de 1790-1795
Printemps 1794
Le grand dénuement de l'église de Plaisance
i - La déchristianisation
Depuis fin 1793, le mouvement populaire, animé par les sans-culottes, prenait une grande influence malgré les efforts du Gouvernement révolutionnaire pour la contrôler. Le culte catholique s’exerçait encore normalement sous le ministère des prêtres assermentés.
Soudain, dans les départements, sous l’impulsion de certains Représentants en mission, le saccage des églises commença. La Convention essaya en vain de freiner ce mouvement et Robespierre lui-même disait que ceux qui renversent les autels peuvent bien être des contre révolutionnaires déguisés en démagogues :
Celui qui veut l’en empêcher est aussi fanatique que celui qui dit la messe… La Convention ne permettra pas qu’on persécute les ministres paisibles du culte.
Mais la vague était déchaînée et Plaisance n’y échappa pas.
17 mars 1794
Saccage de l'église
Le 27 ventôse nous est arrivé le citoyen Deborde, commissaire, assisté des citoyens Graterolle et Laforest qui nous ont présenté une ordonnance du citoyen Ingrande, représentant du peuple, à l’effet de la dépouille des autels de ci-devant notre église et qu’ils on porté et fait porter devant la grande porte de l’église et l’on fait brûler et ont dansé la Crémalliole (carmagnole) autour dudit feu.
Fait en présence de nous, Officiers municipaux de la commune de Plaisance, assistés de notre greffier Jean Vauzelle et autres habitants de ladite commune.
Ce sont donc, semble t-il, des personnalités officielles, venues de l’extérieur, qui provoquèrent et commirent cet acte de vandalisme. Il n’est pas impossible que quelques habitants y participèrent. En tout cas la responsabilité n’en revient pas à la population de Plaisance. Il n’en est pas de même de deux autres actes de vandalisme, voulus, commandés et exécutés, la semaine suivante par la municipalité elle-même.
22 mars 1794
2 germinal An II
Descente de la croix du clocher
Nous, maire et Officiers municipaux et Agent national, étant assemblés en Conseil général et permanent à l’effet de faire descendre la croix qui est en haut de la fleche de notre ci-devant église, dont le marché a été fait avec le citoyen François Fort, preneur à la somme de dix-neuf francs, prix fixé, ce qui a été fait de suite par ledit Fort. Nous Officiers, avons de suite payé ladite somme dont ledit Fort n’a pu donner de reçu, ne sachant ni lire ni écrire.
Dont nous avons fait et dressé le présent procès-verbal le deux germinal de l’An II de la République française une et indivisible, et avons signé :
Normand, maire.
J.B. MIrel, officier.
26 mars 1794
6 germinal An II
Destruction de la Vierge de la fontaine
Quatre jours plus tard, le maire lui-même et le premier Officier municipal se conduisirent en véritables vandales et, semble t-il, prirent un certain plaisir à le faire.
Nous, Officiers municipaux de la commune de Plaisance, nous nous sommes transportés en la ci-devant chapelle, dénommée de la Vierge de la fontaine où nous avons trouvé ci-devant l’image de la Vierge. Nous lui avons fait, de suite, la cérémonie de la casser par morceaux avec un pic à pierres dans la ci-devant chapelle, et l’avons taillée en morceaux dans ladite chapelle.
Fait à la chambre commune le six germinal de l’an II.
Signé :
Normand, maire.
J.B. Mirel, officier.
Il s’agissait sans doute d’une chapelle située près de la fontaine de la route de la Chambauderie, dont devrait-on pouvoir retrouver les fondations. Cette fontaine était un lieu de procession, particulièrement en temps de sécheresse. On y venait des communes voisines.
II - Les réquisitions achevent le dépouillement de l'église
Les métaux étaient nécessaires aux besoins de la guerre (cuivre, étain). L’or et l’argent servaient de garantie à la monnaie-papier, l’assignat, qui se dévaluait. Trois nouvelles réquisitions, à quelques jours d’intervalle, vinrent vider l’église de tout ce qui pouvait y rester.
20 mars 1794
30 ventôse An II
Première réquisition des objets du culte
Aujourd’hui, 30 ventôse, nous maire, officiers municipaux et Agent national de la commune de Plaisance, l’Agent national requiert que, conformément à la réquisition verbale du citoyen Boisseau, Agent national pour le district de Montmorillon, les vases destinés au culte et argenterie de l’église paroissiale de notre commune fussent transportés au dépôt du district de Montmorillon.
La matière mise en délibération, l’Agent de la commune derechef entendu, nous disant qu’il fallait prendre une délibération, nous nous sommes, le jour même, transportés chez le citoyen curé de notre commune à l’effet de le requérir et sommer de nous présenter et exhiber les vases d’argent et argenteries destinées au culte.
En conséquence, nous étant transportés à la maison curiale, nous avons trouvé ledit citoyen Étienne Léonard Cartau que nous avons requis de nous accompagner en ladite église et de nous exhiber les vases d’argent et argenterie dont il s’agit, ce qu’il a fait.
Au même instant nous nous sommes saisis du calice en argent avec la patène, du ciboire, ostensoir et custode en argent, des burettes en étain, ce, en présence du curé, dont et du tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, arrêtant au surplus que ladite argenterie sera portée demain par le maire de cette commune au district de Montmorillon, et nous déchargeons ledit citoyen curé des susdites choses.
25 mars 1794
5 germinal An II
Deuxième réquisition des objets du culte
Nous, Officiers municipaux, assemblés pour aller faire l’état des effets de cuivre argenté et non argenté de la ci-devant église de notre commune, nous y avons trouvé : un chandelier de cuivre massif, six chandeliers argentés, un petit crucifix cassé et argenté, un encensoir aussi argenté, un vieil encensoir en vieux cuivre, un bénitier avec son goupillon aussi en cuivre argenté, une navette argentée et les tuyaux de la croix argentés et démontés. Nous avons requis le citoyen Jean Vauzelle, notre greffier, de conduire au district les effets ci-dessus dénommés.
31 mars 1794
Troisème réquisition des objets du culte
Nous… assemblés en Conseil général et permanent à l’effet de donner une troisième décharge des effets du culte de la ci-devant église, nous avons trouvé dans la ci-devant sacristie, derrière des tiroirs une croix en cuivre, nous avons aussi de suite pris les ornements ainsi que des toiles et rideaux et bougran et galons mêlés en or et argent. En conséquence nous avons dressé procès-verbal.
Que restait-il de notre église ? Les murs, la toiture, un clocher sans croix et sans cloche. Plus de mobilier, plus d’ornements, plus de linge d’autel, plus aucun des objets nécessaires au culte.
On peut essayer d’imaginer les sentiments éprouvés par le malheureux curé Cartau, homme intègre et courageux qui avait épousé la cause de la révolution, prêté trois fois serment de fidelité à la Constitution, et soutenu sans défaillance l’action des malheureux paysans au milieu desquels il vivait.
La population le tenait en grande estime. Ne l’avait-elle pas nommé Officier municipal puis responsable, avec sa sœur, du bureau de bienfaisance ? Et nous verrons qu’elle saura, un peu plus tard, lui manifester à nouveau sa sympathie.
Que pouvait-il faire ? Sans doute continuait-il discretement à bénir les époux, à baptiser les nouveaux nés, à assister les mourants, mais il ne pouvait se livrer à aucune manifestation religieuse publique : cérémonies, messe. Nous étions en plein Terreur et dans de nombreuses localités tout exercice du culte était rigoureusement interdit. Ce n’est que l’année suivante, le 13 août 1795, qu’il demandera l’autorisation de reprendre l’exercice du culte.
Aujourd’hui, 26 thermidor an III comparait le citoyen Léonard Étienne Cartau, lequel a déclaré qu’il se propose d’exercer le ministère d’un culte connu sous la dénomination du culte catholique, apostolique et romain, dans l’étendue de cette commune et a requis qu’il lui soit décerné acte de sa soumission aux Lois de la République, de laquelle déclaration il lui a été décerné acte conformément à la loi du 11 prairial de l’an III.
Signé :
Cartau, Normand, Bonnisset
